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L'histoire de la Tarentaise est très liée à celle de la Savoie. Invasions, passages de troupes, organisation, etc. Sa position géographique, ses remparts naturels et son climat de montagne en font un territoire spécifique, riche historiquement avec des paysages encore préservés.

L'Histoire de la Tarentaise :

L'origine :
L'élévation des Alpes débute il y a 30 millions d'années. L'espèce humaine n'exite pas. Bien plus récemment, il y a 115 000 ans, la Terre à la période du quaternaire connait une succession de glaciations où les Alpes seront notamment recouvertes de glaciers. À la fin de la dernière glaciation (glaciation de Würm) il y a 11 700 ans, les glaciers reculent et révèlent progressivement les montagnes, façonnées par des milliers d'années d'érosion glaciaire. Dans des conditions climatiques changeantes, la végétation progresse, gagne les vallées et les versants, accueille une faune et bientôt, les premiers Hommes.

À la préhistoire :

(avant JC)
-11 700 Fin de la dernière glaciation.
-11 100 Le recul des glaciers libère des espaces et les premières traces de l'Homme en Savoie se trouvent au Nord de la Chartreuse dans une grotte sur la commune de Saint-Thibaud-de-Couz. De culture magdalénienne, ces premiers Hommes chassaient le lièvre variable, le chamois, le bouquetin, mais aussi l'élan et le renne. Le climat est encore froid et humide et l'environnement est fait de steppes froides. Les fonds de vallée sont marécageux sinon quelques bosquets de bouleaux blancs. Les versants disposent de pins et de genévriers.
-10 000 Le climat s'est réchauffé progressivement ; les espaces découverts et la faune nordique diminuent, le renne et l'élan ont disparu, la forêt s'étend et le cerf et le chevreuil apparaissent. La civilisation azilienne est présente en Savoie.
S'en suit une absence de l'Homme dû à une période de froid vif et sec.
-7 000 Premiers ossements d'un chien domestique. Le climat plus chaud et humide favorise la forte propagation de la forêt qui se densifie. L'Homme migre en altitude ou suit les cours d'eau. Les premiers Hommes de passage dans une vallée de Tarentaise peu hospitalière apparaissent probablement à cette période, avant de s'installer plus durablement au cours des millénaires suivants.
-4 500 à -3 350 Apparition des premiers éleveurs de petits bovidés et présence de la culture de cortaillod hélvétique (sépulture de Bellecombe en Tarentaise et vase "Cortaillod" de Bozel). Une deuxième influence humaine est présente dans les Alpes avec la civilisation chasséenne venue de méditerranée. Ces deux civilisations se mélangent autour de Chambéry.
La forêt dense amène les Hommes à combler les chenaux par des galets pour en faire leur habitat et à incendier la forêt pour faire de la culture de céréales.
-2 500 L'Homme, avec une civilisation Saône-Rhône, étend son occupation avec de petits villages aux maisons de bois. Des traces de la civilisation de Remedello, venant d'Italie, sont uniquement découvertes à Fontaine-le-Puits, au Sud de Moutiers.
Quelques traces de mégalithisme sont observées dans les Alpes (deux zones avec quelques dolmens, en Haute-Savoie et Hautes-Alpes). En Tarentaise, il y a surtout une forte présence de pierres à cupules, ces rochers souvent exposés, troués en surface par l'Homme dont la signification ou l'utilité est inconnue malgré de nombreuses théories. Des gravures et des marques pédiformes sont aussi présentes sur certains rochers. Les datations de ces marques ne peuvent être précises et peuvent ainsi s'étaler sur plusieurs millénaires.
-1 900 Le pourcentage d'arbres chute brutalement dû à la déforestation par l'Homme.
-1 600 Des poignards d'origine du Valais issus de la civilisation du Rhône datant de l'âge de bronze sont retrouvés à Feissons-sur-Isère et Bourg-Saint-Maurice ; une hâche est retrouvée à Moûtiers.
-1 500 Disparition de la civilisation du Rhône pour des raisons inconnues mais probablement climatiques (climat plus froid). Une stagnation technique et culturelle a lieu jusqu'au XIIème siècle avant JC.
-1 050 Cohabitation avec la civilisation des Champs d'Urnes venue du lac Léman, d'Annecy, d'Aiguebelette durant les Xème et IXème siècles avant JC.
À l'âge du bronze final, l'Homme s'installe plus en altitude et de nouvelles voies s'ouvrent notamment aux cols permettant de relier les vallées entres elles, comme entre la Tarentaise et la Maurienne aux cols des Encombres et de la Madeleine.
-750 à -450 À l'âge de fer, la période est marquée par la culture celtique Hallstatt. En -500, on observe de premiers mouvements migratoires gaulois s'installant en Tarentaise.
-450 à -15 S'en suit la culture celtique de La Tène avec une exploitation des mines de sel, de plomb et de cuivre. De nombreux objets (bracelets, parures, ...) de cette période seront découverts en Tarentaise, parfois à des altitudes supérieures à 1000 m. Les sépultures intégrent des bracelets aux bras mais pas d'armes sur des sites de Champagny, Pralognan, Saint-Oyen et Feissons-sur-Isère. À Saint-Jean-de-Belleville, une sépulture s'étend sur sept hectares.
Les axes importants menant aux cols de montagne sur lesquels sont découverts de nombreuses richesses correspondent aux très probables passages de nombreux commerçants et voyageurs, nécessitant d'être guidés contre rémunération par des habitants locaux.

Les romains conquirent la plaine de Pô à la fin du IIIème siècle avant JC puis la Gaule transalpine à partir de -125. Ces conquêtes amènent les celtes à se réfugier dans les Alpes.
Les habitants de Tarentaise, de la vallée de Beaufort jusqu'à l'Arly et du haut Faucigny jusqu'à Passy, prennent le nom de Ceutrons ou Centrons.

Ceutrons et Romains :

-58 Les ceutrons, alliés aux graiocèles et aux caturiges, tentent de s'opposer au passage des 5 légions de César qui souhaite franchir les Alpes pour se rendre en Gaule.
-15 Entre -15 et -7, la Tarentaise est intégrée à l'empire romain d'Auguste. Sous l'occupation romaine, Auguste crée des provinces pour protéger les passages ; Axima (Aime) devient la capitale des Alpes Graies.
Les différentes peuplades des Alpes vaincues sous Auguste seront citées sur le trophée des Alpes à La Turbie, construit en 7-6 avant JC et érigé en l'honneur des victoires romaines d'Auguste sur les différentes tribus peuplant les Alpes. Parmi les 44 noms de tribus ordonnés géographiquement, y figure celui des "Acitavones" mais pas celui des Ceutrons. Les documents actuels ne permettent pas de préciser si l'intégration de la Tarentaise à l'empire romain s'est faite pacifiquement ou non.
Une voie romaine est construite, passant par le col du Petit-Saint-Bernard. La voie passe notamment par Bergiatrium (Bourg-Saint-Maurice), Axima (Aime), l'étroit du Siaix, Darantasia (Moûtiers)... Les procurateurs impériaux romains successifs établis à Axima sont notamment chargés d'entretenir cette voie de passage importante pour Rome.

Le nom de Tarentaise pour désigner la vallée tire son nom de l'actuelle ville de Moûtiers :
À l'époque romaine, la localité de Darantasia (qui tiendrait son nom du mot gaulois Darrantas, qualifiant un cours d'eaux vives) est un point de passage topographiquement logique de la voie romaine. En 450, on désigne Darantasia comme l'oppidum de Tarantasie ou diocèse de Tarentaise avec l'expansion du christianisme.
En référence à sa cathédrale Saint-Pierre (consacrée en 517 par l'évèque Sanctus), Darantasia va progressivement être nommée Manasterium en 1096 là où Tarentasia commence plutôt à désigner la vallée, possiblement en référence à sa capitale et/ou diocèse. Les noms de Monsterium apparaîtront en 1171, Musterii en 1265 (où Tarentasia pour le nom de vallée s'impose), Mostiers en 1563, Moûtiers aujourd'hui.

Fin IIIème siècle Darantasia (Moûtiers) devient la capitale de la Tarentaise.
426 Fin de l'occupation romaine. Fondation du diocèse de Tarentaise (Moûtiers).

Bourguignons et Francs

443 Le général romain Aétius traite avec les burgondes pour qu'ils s'installent en Sapaudia en étant fédérés (alliés) de l'armée romaine.
534 Les burgondes sont battus par les francs ; le royaume des burgondes (royaume de Bourgogne) est disloqué et les francs annexent la burgondie.
774 Charlemagne, roi des Francs, traverse les Alpes et annexe à son royaume la plaine du Pô, favorisant le commerce passant par la Tarentaise.
Charlemagne divise son empire en comtés dont la Tarentaise en fût un. Il nomme des fonctionnaires pour contrôler ses administrations locales : les comtes, associés à un évèque. Les comtes doivent lever une armée, percevoir l'impôt et rendre la justice.
794 La Tarentaise devient une province ecclésiastique à part entière sous Charlemagne.
843 Le traité de Verdun divise l'empire carolingien entre les trois fils de Louis le Pieux, fils de Charlemagne. La Tarentaise intègre la Francie médiane de Lothaire Ier.
855 À la mort de Lothaire Ier, la Francie médiane disparaît et la Tarentaise est inclut dans la Bourgogne cisjurane sous Charles de Provence.
875 À la mort de Louis II, héritier de Charles de Provence, c'est Charles II le Chauve, petit-fils de Charlemagne qui recupère la bourgogne cisjurane.

En 877, lors d'un voyage passant par le col du Mont-Cenis, Charles II le Chauve meurt à Avrieux en Maurienne.

888 La Tarentaise se voit incluse dans la Bourgogne Transjurane, le second royaume de Bourgogne, du roi Rodolphe Ier.
La féodalité se développera avec la construction de forts pour se protéger des invasions.
De la fin du IXème siècle jusqu'en 983 où ils seront chassés, les sarrasins se répandent en Europe et notamment dans les Alpes où ils pillent, rasent parfois des villes, massacrent les habitants et se placent aux cols pour détrousser les voyageurs et les pélerins, voire les lapider dans les passages resserés.
Au cours du IXème siècle en Tarentaise, une famille seigneuriale originaire d'Aime s'impose : la famille des Briançon. Ses seigneurs commencent à exercer une influence locale sur la population à certains endroits de la vallée, en parallèle de celle exercée par les archevêques.
996 Rodolphe III, roi des Deux Bourgognes, accorde le pouvoir comtal dans la vallée de la Tarentaise à l'archévêque de Tarentaise Aymon Ier afin de compenser le dépeuplement de l'archevêché et reconstruire la vallée après les incursions sarrasines, mais aussi pour limiter l'influence du Saint-Empire Romain Germanique sur son royaume.
Ce comté sous autorité d'un archevêque s'arrête néanmoins dans la vallée à l'Etroit du Siaix ; le prolongement de la vallée restant sous l'influence de la famille seigneuriale de Briançon, en plus des enclaves d'Aigueblanche et de Salins également sous l'influence de seigneurs.

Empire germanique, Maison de Savoie, Archevêques et vicomtes de Tarentaise

1032 À la mort de Rodolphe III, le royaume de Bourgogne prend fin et passe sous l'emprise de l'empire germanique de Conrad II, qui bat Eudes II de Blois (neveu de Rodolphe III) en 1037, aidé par le comte de Maurienne, Humbert aux Blanches-Mains.
Humbert crée ensuite la Maison de Savoie pour unifier les comtes de Savoie. Le titre de comte de Savoie sera utilisé le siècle suivant.
Dans la vallée, les seigneurs de Briançon prennent le titre de vicomte de Tarentaise de la part de l'empire germanique dont ils reprennent l'aigle sur leur blason. Ils partagent ou opposent leur influence dans la vallée avec les archevêques, alors comtes de Tarentaise.
1082 Alors qu'Aimeric d'Aigueblanche, seigneur de Briançon continue de prélever des impôts et de maltraiter les habitants en cherchant à agrandir son influence, Héraclius, archevêque de Moûtiers, demande de l'aide à l'empereur Henri IV qui envoie Humbert II de Maurienne se confronter à Aimeric d'Aigueblanche.
Humbert II remporte la victoire et les tarins reconnaîtront par la suite d'eux-mêmes le gouvernement d'Humbert II.
1270 Le comte de Savoie Philippe Ier prend la gestion du comté de Tarentaise après la mort de l'archevêque-comte.
1279 La famille de Briançon perd son titre de vicomte de Tarentaise et ses droits reviennent au comté. La vallée n'est alors que sous influence de la Maison de Savoie sous Philippe Ier. Les titres et les biens de la famille d'Aigueblanche-Briançon passent à la maison de Montmayeur le siècle suivant.

Duché de Savoie et invasions françaises

1416 Le comté de Savoie devient duché sous Amédée VIII qui devient ainsi duc du Saint Empire Romain Germanique.
1536 François Ier, roi de France, engage des troupes (14 000 mercenaires allemands, 3 000 italiens, 800 hommes d'armes et 1 000 cavaliers sous les ordres de l'amiral Chabod) pour envahir la Savoie du duc Charles III, allié à l'empereur Charles Quint du Saint-Empire. L'avancée en Savoie des troupes engagéees par François Ier s'arrête au fort de Briançon. Le seigneur de Bellecombe François de Loctier repousse les mercenaires et reprend Conflans le 1er mai puis Chambéry l'année suivante. Néanmoins, sans aide extérieure, les français et leurs mercenaires reprennent la Savoie et la Tarentaise et repousse François de Loctier en Piémont. Les français tiendront garnison en Tarentaise jusqu'en 1557.
1559 Suite au traité du Cateau-Cambrésis, la France doit rendre le duché de Savoie au duc Emmanuel-Philibert, fils de Charles III, après ses victoires pour le Saint-Empire romain germanique et le royaume d'Espagne.
L'occupation française durant 23 ans permit à la Savoie de réorganiser administrativement son duché. En 1560, la langue française deviendra la langue administrative à la place du latin.
À la fin du siècle, la Tarentaise va néanmoins entrer dans une période difficile pour ses habitants qui s'étalera pendant près d'un siècle, entre les invasions et ses conséquences (pillages, massacres...), les épidémies de peste qui séviront dans la vallée, la famine, l'augmentation des prix. L'émigration augmente aussi ; alors qu'elle a souvent été saisonnière depuis longtemps pour les montagnards qui partaient pour l'hiver travailler dans d'autres régions, les difficultés économiques de la Tarentaise favorisent une émigration parfois définitive.
1600 Le duché est à nouveau envahit par le roi de France Henri IV. La Tarentaise sera prise par son général François de Bonne de Lesdiguières dès le mois d'octobre et résistera au retour des soldats piémontais du duc Charles-Emmanuel passant par le col du Petit-Saint-Bernard en novembre. Charles-Emmanuel Ier se voit forcé de signer un traité de paix (traité de Lyon) en janvier 1601, qui donne des terres à la France mais rend au duché les lieux occupés, dont la Tarentaise.
1630 La peste sévit en Savoie et des cadavres seront même jetés dans l'Isère. Cette même année, Louis XIII, roi de France, envahit la Savoie en réponse à l'alliance du duc avec l'Espagne. Le roi de France se heurtera à la résistance de Montmélian et à la propagation de la peste.
1690 La Savoie est engagée avec les espagnols dans une guerre contre les français sous Louis XIV où ces derniers occuperont les terres savoyardes obligeant le duc Victor-Amédée de signer un traité en 1696 pour récupérer ses Etats.
1703 La Savoie sera à nouveau occupée par les français jusqu'en 1713 pendant la guerre de Succession d'Espagne. Le traité d'Utrecht mettra fin à la guerre et marquera le départ des français.
1713 Suite au traité d'Utrecht, la Maison de Savoie récupère le royaume de Sicile et le duc Victor-Amédée II est couronné roi.

Royaume de Sardaigne

1720 La Maison de Savoie échange le royaume de Sicile, trop éloigné, pour le royaume de Sardaigne avec Charles de Habsbourg, empereur du Saint-Empire germanique. Victor-Amédée II devient roi de Sardaigne.
1742 Le 28 août, Dom Philippe, fils du roi d'espagne, envahit la Savoie avec 12 000 hommes. En Tarentaise, ses troupes s'installent à Bourg-Saint-Maurice et Séez. Le 08 octobre, les piémontais de Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne, arrive par le col du Petit Saint-Bernard et repoussent les espagnols. Les piémontais se retirent pour l'hiver et les espagnols les attaquent à Aigueblanche le 01 janvier 1743. Fin juin, l'infanterie espagnole occupe la Tarentaise. Un régiment de miquelets est à Bourg-Saint-Maurice et 800 grenadiers se positionnent dans la vallée de Beaufort jusqu'au mois d'août. Dans leur recul, les piémontais créent une digue dans la Lée Blanche qui formera le lac Combal avec les eaux de la Doria, et ainsi créer un obstacle aux espagnols. Le 07 septembre, les espagnols passent en Piémont mais sont battus et se retirent en Tarentaise. La peste réduit alors leur armée qui partira de la vallée le 05 janvier 1744 malgré quelques détachements qui resteront jusqu'en 1749.
1769 Le pouvoir et le titre de comte des archevêques de Tarentaise sur la vallée prend fin par un traité entre l'archevêque Claude-Humbert de Rolland et le roi Charles-Emmanuel III, bien que c'était déjà la Maison de Savoie qui dirigeait concrètement la Tarentaise depuis plusieurs siècles.

Révolution française

1792 Le 24 septembre, les troupes révolutionnaires françaises du général Montesquiou arrivent à Chambéry avec 40 000 hommes et l'intention de libérer la Savoie de la royauté. Les troupes sardes reculent au col du Petit Saint-Bernard.
Le 26 octobre les droits féodaux sont supprimés.
Le 27 novembre la Savoie est déclarée faire partie intégrante de la France par la Convention et devient le département du Mont-Blanc.

En 1792, le général français Bagdelone installe son camp avec 1 400 hommes dans la plaine entre Bourg-Saint-Maurice et Séez. Des postes avancés sont placés à Séez et aux Chapieux d'où s'organisent des patrouilles sur les hauteurs. Deux français seront tués près du chalet des Lanchettes par des piémontais et leur corps seront ensevelis sur place dans un canal servant à la conduite des eaux. En provenance du fort du Traverset, des piémontais tueront un chef français sur le pont de la fabrique entre Bourg-Saint-Maurice et Séez.

1793 En avril les troupes françaises prennent position près du col du Petit-Saint-Bernard, sous le roc de Belleface. Les piémontais occupent le col et l'hospice, Lancebranlette et le col de la Traversette, dans leurs fortifications.
Le 28 mai les troupes françaises attaquent les positions sardes sans réussir à les prendre. Les piémontais envoient des renforts dès le mois de juin.
Le 29 juin une nouvelle attaque française ne parvient pas à repousser les piémontais mais cause des pertes des deux côtés. Le harcèlement des français perdurera tout l'été.
Le 14 août le duc de Montferrat, fils de Victor Amédée III et à la tête d'une armée de 7 000 hommes pour repousser les français, passe par le col du Petit Saint-Bernard et attaque le camp français stationné entre Bourg-Saint-Maurice et Séez. Après une bataille, les français se réfugient au Châtelard avant de partir de nuit vers Moûtiers. Les sardes les poursuivent et les repoussent jusque Conflans.
Le 20 septembre, Mgr Joseph de Montfalcon du Cengle, qui était revenu à Moûtiers après avoir fui à Turin avec l'arrivée des français, meurt de maladie et sera le dernier archevèque de Tarentaise.
Les renforts français du général Kellerman venus de Lyon permettent aux français de reprendre la Savoie et de faire battre en retraite le duc de Montferrat qui repart au col du Petit Saint-Bernard. Le peu de neige durant l'hiver 1793-1794 permettra aux français de s'attaquer aux cols du Mont (Sainte-Foy) et du Petit Saint-Bernard dès le printemps.
1794 Le 15 avril, les Piémontais s'établissent au col du Mont pour le tenir.
Le 24 avril, les troupes françaises attaquent et prennent les redoutes du Traverset faisant fuir en désordre les piémontais. Parallélement de fin avril au 15 mai, les français sont deux fois mis en échec lors de leur tentative de prendre le col du Mont.
Le 15 mai, les français s'emparent du col du Mont.

Le 15 mai 1794 à minuit, le commandant Bernard en charge de la prise du col du Mont divise ses 1 500 hommes en trois colonnes pour monter à l'assaut du col lors d'une troisième tentative. Le premier groupe monte droit vers le col pendant que le second contourne la Roche Brune au sud. Le troisième groupe (avec le commandant Bernard) doit quant à lui contourner le Bec de l'Âne par le nord, passer par le col de la Sassière pour revenir sur le col du Mont.
Alors que les deux premiers groupes s'emparent du col du Mont aux piémontais, pris par surprise dû à un épais brouillard dans un grand froid, le troisième groupe n'arrivera jamais. En effet, leur itinéraire passe sur un glacier pour atteindre le col de la Sassière. Les conditions feront subir des pertes au groupe dans les ravins et les crevasses (trois officiers décèderont, le commandant Bernard lui-même). Le groupe fera demi-tour et le commandant sera enterré à un kilomètre du Miroir dans un champ au mas de la Crosettaz appelé par la suite "Mas du Commandant".
Ce scénario de l'attaque était voué à l'oubli si 73 ans plus tard, en 1867, un habitant de Sainte-Foy ne découvrit pas trois squelettes dans la rimaye du glacier sous le col de la Sassière proche de la frontière italienne. Deux gendarmes venus de Bourg-Saint-Maurice viendront enquêter, aidés par trois habitants de Sainte-Foy. Ils découvriront au fond d'un ravin deux corps à l'état de squelette et un troisième partiellement conservé par la glace, où la chair présente une blessure par balle, ce qui pose la question d'un combat qui aurait pu avoir eu lieu au col de la Sassière entre piémontais et français le 15 mai 1794. Les squelettes furent inhumés sur place sous un amas de grosses pierres. L'enquête des gendarmes permit de recueillir le témoignage de trois veillards de Sainte-Foy, alors très jeunes en 1794, qui relatèrent ce jour de combat du 15 mai 1794 et l'échec de la colonne passant par le Nord.

Le 18 juin, les piémontais contre-attaquent mais sont repoussés par les français.
1796 Le 15 mai Victor-Amédée III cède la Savoie à la France grâce aux victoires du général Bonaparte en Italie.
1799 Le 30 août le général Compans affronte les troupes autrichiennes pendant 6 heures à leurs postes avancées au Petit-St-Bernard.
1800 En mai le général français Chabran traverse la Tarentaise avec 5 000 hommes pour se rendre dans le Val d'Aoste et repousser les autrichiens.
1814 Le 30 mai le traité de Paris divise la Savoie en deux et la Tarentaise est rendu à la Sardaigne du roi Victor-Emmanuel Ier et est sous la possession du comte Galléani d'Agliano le 17 septembre.
1815 Le retour de Napoléon en France provoque de nouveaux combats en Tarentaise avec le général français Bugeaud qui repousse les piémontais dans le Val d'Aoste. Mais Napoléon perd la bataille de Waterloo le 18 juin et en Tarentaise des renforts autrichiens arrivent le 25 juin par le col de la Vanoise. Ils repoussent avec les piémontais les français le long de l'Arly à l'Hôpital. Les 1 700 français défendent leur position mais se retireront face au nombre trop importants d'ennemis.
Le 16 décembre la Savoie redevient piémontaise.
1836 Le 1er janvier, l'Hôpital et Conflans deviennent Albertville par le roi Charles-Albert.
1860 En juin, le parlement sarde ratifie l'acte qui annexe ses provinces transalpines à la France sous Napoléon III, après un vote en ce sens des habitants. Les routes et les infrastrutures se développeront dans les décennies à venir ainsi que le tourisme avec notamment les stations thermales et l'alpinisme.
1862 Au col du Petit-Saint-Bernard, la frontière entre la France et l'Italie est déplacée côté Tarentaise par les diplomates des deux pays, offrant 180 hectares de pacages à l'Italie.
1888 Fin décembre, les premières troupes alpines sont constituées. Entre 1890 et 1895, les forts de la Platte, du Truc et de Vulmix sont construits. Au col de la Traversette, quelques baraquements sont construits à l'emplacement des ruines de l'ancien fort sarde détruit par les français ; ce poste est nommé Redoute Ruinée et sera aménagé et développé au fil des ans. Dès 1892 une surveillance permanente s'effectue aux cols.
1893 Une ligne de chemin de fer rejoint Moûtiers. Elle arrivera jusque Bourg-Saint-Maurice en 1913, amplifiant le tourisme. La fin du XIXème siècle et le début du XXème sera aussi marqué par le développement d'industries avec ses usines en basse Tarentaise.

2ème guerre mondiale

1940 Le 10 juin, l'Italie de Mussolini déclare la guerre à la France, alors en incapacité de se défendre. En Haute-Tarentaise, l'ordre d'évacuation est donné à 21h00 et les ponts entre Bourg-Saint-Maurice et Séez sont détruits vers minuit. Les habitants évacuent jusqu'à Landry et Aime, d'où ils prendront un train à partir du 12 juin pour gagner la Drôme ou la Haute-Loire qui doivent les accueillir.
Le 21 juin les troupes italiennes bombardent Moûtiers, Aime et Bourg-Saint-Maurice pour détruire les routes et les ponts. Les troupes italiennes mènent alors l'assaut simultanément par les cols de la Galise, de la Sassière, du Mont, du Petit-Saint-Bernard et de La Seigne. Des troupes percent mais ne parviennent pas à s'emparer des postes avancés à la frontière, comme la Redoute Ruinée, ce qui les empêche d'avoir des renforts motorisés par le col du Petit-Saint-Bernard et stoppe ainsi leur progression au delà des lisières des forêts ou des premiers hameaux autour de Sainte-Foy. Les jours suivants les italiens décident de gagner le maximum de terrain avant la signature de l'armistice entre les deux pays.
Le 24 juin l'armistice est signé entre la France et l'Italie. Les troupes françaises se rassemblent les jours suivants laissant la frontière aux italiens sans affrontement.

À la signature de l'armistice le 24 juin 1940 les combats cessent et les troupes italiennes doivent rester sur leur position selon les accords de l'armistice. Elles s'avanceront néanmoins davantage en envoyant des patrouilles dès le lendemain pour repérer les lignes françaises et prendre les localités non tenues par ces derniers. C'est dans ce contexte qu'un soldat italien fût tué et deux autres blessés en s'approchant trop près du blockhaus du Versoyen avant Bourg-Saint-Maurice. Les italiens purent néanmoins prendre Séez et organisèrent d'ailleurs une mise en scène filmée à partir de ruines d'un ancien incendie pour simuler la "prise de Séez". Les communes de Sainte-Foy, de Montvalezan, de Séez et une partie de Bourg-Saint-Maurice sont occupées par les italiens.

Le 03 août la population revient après deux mois d'évacuation. Leur maison et leurs biens ont été pillés et saccagés par les italiens. Commencera pour les villages de Séez, Montvalezan et Sainte-Foy une difficile cohabitation avec les éléments et les troupes italiennes qui revendiquent les territoires occupés comme italiens, selon une "Ligne-verte" séparant la France libre de la France occupée.
1942 Le 11 novembre les italiens descendent en Savoie pour gagner du terrain dans le cadre d'occuper tout le territoire français avec les troupes allemandes. Les italiens occupent ainsi la Tarentaise via des "troupes d'opérations".
1943 Le 08 septembre c'est la chute de Mussolini en Italie et la signature de l'armistice. La débâcle envahie l'armée italienne et l'armée allemande se lance à la poursuite de ses infidèles alliés italiens. Les italiens quittent ainsi précipitamment la Savoie et la Tarentaise dans la nuit du 08 au 09 septembre et regagnent l'Italie. Le 09 septembre au matin, les allemands prennent la suite de l'occupation italienne en Tarentaise. Les délimitations de la ligne-verte n'existent plus et les villages occupés par les italiens sont à nouveau reliés avec le reste de la Tarentaise, mais sous occupation allemande. Les soldats italiens qui seront rattrapées par les allemands à La Thuile au delà du Petit-Saint-Bernard auront le choix de rejoindre les troupes mussoliniennes, la police fasciste, ou d'aller travailler en Allemagne.
Fin novembre, l'usine électrochimique de La Bathie est sabotée deux fois et celle de Notre-Dame-de-Briançon est totalement arrêtée. D'autres actes de sabotages auront lieu en Tarentaise pour couper les voies de communication et freiner le ravitaillement allemand.
1944 Le 3 mai, les allemands effectue une raffle en Tarentaise pour contrer la résistance.
Le 7 août, les allemands quittent Séez et Bourg-Saint-Maurice pour se positionner au Petit-Saint-Bernard pour empêcher les maquisards d'y prendre position pour aider l'arrivée éventuelle de troupes alliées par le Nord. Des résistants prennent position sur Bourg-Saint-Maurice et Séez.
Les 14 et 15 août les allemands reprennent possession de Bourg-Saint-Maurice et Séez afin de faciliter cette fois-ci le retrait des troupes allemandes venant du Sud, après un bombardement ayant eu lieu la veille dans la forêt des Ecudets et sur le pont de Saint-Germain. Les résistants se replient aux Chapieux.
Le 20 août les allemands attaquent aux Chapieux et sont refoulés par les FFI. Des accrochages ont également lieu entre Albertville et Aime pour obstruer le passage des troupes allemandes qui remontent du Sud-Est pour se replier sur l'Italie.
Le 23 août, les allemands de Bourg-Saint-Maurice se replient au Petit-Saint-Bernard, harcelés par les FFI. Ils tiendront position entre Séez et le col pendant plusieurs jours puis redescendront le 31 août dans Séez où ils saccageront la ville.
Les 03 septembre l'armée régulière par l'intermédiaire du 3ème régiment de tirailleurs algériens prend position le long de l'isère dans le secteur de Malgovert. Les FFI occupent la zone des Marais, du Mollard et du Chatelard. L'armée régulière bombarde Séez le 04 septembre et avec les FFI attaquent les allemands. Ces derniers tentent de fuir en incendiant les bâtiments. Ils sont rattrapés par les alliés et 5 incendiaires seront fusillés dans un verger. Le lendemain, une partie de Séez est libérée.
Les allemands prennent alors une position défensive au col de Petit-Saint-Bernard et sur les hauteurs, à la Redoute Ruinée, au Roc Noir, au Belvédère, au mont Valaizan, au Clapey, au Roc de Belleface et bombardent quotidiennement la vallée de leurs positions. Durant les mois suivants jusqu'au 1er décembre, les bombardements dans la vallée et les escarmouches sur les hauteurs deviennent constants entre les allemands d'un côté et les FFI avec l'armée régulière de l'autre. À partir de décembre et jusqu'au février 1945, les bombardements diminuent dans la vallée. Des unités des Bataillons de Chasseurs Alpins (BCA) reconstitués réalisent des prises d'otages d'allemands et d'italiens lors d'opérations ciblées et d'attaques sur les hauteurs.
1945 En mars les troupes de chasseurs alpins s'emparent de la pointe du Clapet, du col de Forclaz et du Roc Noir. Les combats sur le Roc Noir furent particulièrement engagés avec des pertes des deux côtés, tandis que des habitants de la vallée sont requisitionnés pour déneiger les voies afin de ravitailler les troupes sur la ligne de front. Le 10 avril, l'aiguille de Belleface est prise par les français par surprise lors d'une opération d'alpinisme bien menée, mais fût reprise avec le col de Forclaz par les allemands le 21 avril.
Le 26 avril, les allemands se replient laissant les défenses aux seuls italiens. Malgré quelques tentatives d'attaques, ces derniers prendront contact avec les français par l'intermédiaire d'un de leur officier trois jours après, le 29 avril, dans le but de proposer la réddition des troupes italiennes. Les français rencontrent les italiens à la frontière le lendemain.
Le 30 avril, une compagnie de BCA franchit le Petit-Saint-Bernard et entre dans le Val d'Aoste, la population italienne les accueille chaleureusement. Les allemands exercaient sur eux les mêmes sévices que ceux infligés des mois plus tôt sur la population tarine. Beaucoup de jeunes italiens avaient d'ailleurs rejoint la Résistance italienne.
Le 04 mai les troupes allemandes en Italie capitulent et le 07 mai c'est toute l'Allemagne. La guerre est finie. Partout les combats, bombardements et occupations portent leurs empreintes en Haute-Tarentaise.

De l'après guerre jusqu'à nos jours

La période des Trente Glorieuses qui suit la deuxième guerre mondiale impacte l'économie et le mode de vie des habitants. Le modèle agraire et autonome en montagne du début du siècle avait déjà laissé place à un modèle inclus dans une économie industrielle avec ses voies de communication et ses transports, qui, après la guerre, est lui-même en déclin face au développement de l'énergie hydroélectrique et du tourisme de masse. Le mouvement des populations vers le fond des vallées s'accentue, dans un univers plus urbain où se développe des stations de sports d'hiver.
1947 Le 16 septembre, la frontière entre la France et l'Italie est replacée à la ligne de partage des eaux au col du Petit-Saint-Bernard. La France récupère ainsi les 180 hectares du versant tarin cédés en 1862 à l'Italie.
1952 La nationalisation du secteur électrique après-guerre conduit l'Etat français à investir dans le domaine de l'hydroélectricité. Le barrage du Chevril est érigé après 5 années de travaux ce qui crée le lac du Chevril et noie le village de Tignes. Le village est déplacé plus en altitude près du lac naturel de Tignes. Les habitants sont déplacés parfois de force.
Des années 1950 et pendant les décennies suivantes, de nombreuses stations de ski verront le jour et/ou se développeront dans toute la Tarentaise, augmentant l'afflux touristique au fil du temps jusqu'à rendre l'économie locale de la vallée dépendante du tourisme. À l'échelle locale, l'exploitation des terres (bois, alpages, etc) pour les besoins des domaines skiables et leurs infrastructures par le biais des investisseurs, nécessitant son aménagement par la "bétonisation de la montagne", a suscité de nombreux conflits entre propriétaires fonciers, élus, et même parfois membres de la même famille au commencement des projets : les uns prônant l'ouverture et le dynamisme de la vallée, la création d'emplois et les retombées économiques du développement touristique hivernal, là où les autres défendent la sauvegarde des terres, la protection du milieu montagnard, de la culture tarine et la préservation de la tranquilité.
1992 Albertville est la ville organisatrice des Jeux Olympiques d'hiver. Les stations et les équipements de Tarentaise contribueront à accueillir des épreuves et à loger des sportif(ve)s.

Demain ?

En ce début du 21ème siècle, la Tarentaise est toujours française et fait partie de l'Union Européenne avec une situation géopolitique stable. Mais comme la plupart des territoires de montagne, la vallée fait face à des évènements qui pourrait marquer son histoire durant ce siècle :
- le déréglement climatique impacte la biodiversité, rend la montagne plus dangereuse pour les pratiquants, fait disparaître les glaciers, limite l'enneigement hivernal sous les 3000 m d'altitude ;
- la densité de fréquentation de la vallée et de ses montagnes alentours par le tourisme qui s'est développée continuellement depuis le milieu du XXème siècle avec une récente augmentation des suites de la pandémie COVID-19 qui a mis en avant les territoires locaux et les grands espaces pour les touristes français et limitrophes. Ainsi, le surtourisme apparait à certains endroits, à certains moments, notamment en été où la surfréquentation des sentiers en montagne émet un impact négatif pour la tranquilité de la faune, la préservation de la flore, la polution, l'érosion, etc.

Ces modifications environnementales et sociétales mettent déjà en relief les limites d'une économie locale basée sur le tourisme, nottament hivernal, et annoncent des changements qui impacteront la vallée.
2030 La Tarentaise pourrait accueillir des épreuves Olympiques pour les Jeux organisés par les Alpes françaises.

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